vendredi 9 novembre 2012

Une place à prendre, de JK Rowling

Le livre tant attendu de JK Rowling, après vingt années passées à concevoir la saga Harry Potter.  Son livre a été particulièrement mis en avant par son éditeur dans les librairies et les supermarchés, mais que raconte-t-il réellement ?

Pagford, tranquille petite ville au sud de l'Angleterre, voit la vie de ses habitants bouleversée par un évènement anodin : la mort brutale du conseiller paroissial Barry Fairbrother. Barry était très impliqué dans la vie de la commune ainsi qu'auprès des jeunes du lycée, il défendait particulièrement la cité des Champs et souhaitait éviter le rattachement de celle-ci à la ville mitoyenne Yarvil. Sa mort libére une place au conseil paroissial.

Deux camps vont alors s'opposer pour sa succession, d'un côté les Mollison, conduit par Howard, le patron de l'épicerie, président du conseil paroissial, de l'autre, un ensemble hétéroclite de personnages (la doctoresse, le proviseur du lycée), se sentant investi de la parole de Barry Fairbrother afin de sauver les Champs et la clinique de désintox. Tous les coups sont alors permis et les rumeurs vont bon train, mais les principaux protagonistes vont vite être dépassés par le fantôme de Barry qui publie des messages sur le site de la commune...

Ce livre se rattache au style de la comédie de vie grinçante, une critique acerbe des petites mentalités de chacun dans une petite ville: ne pas voir qu'il existe un monde en dehors de sa famille et du lieu où l'on habite. Pagford devient au fil des pages le lieu de toutes les mesquineries et bassesses ressassées depuis des années. Chacun critique son voisin, sa voisine, la doctoresse, d'origine indienne... Dans le rôle du seigneur local, Howard Millison est le parangon de l'histoire : imposant tant par son physique que par son rôle social, il dirige d'une main de fer sa famille et le conseil paroissial, son fils Miles doit prendre la place de Barry afin de contrôler le conseil et voter les résolutions de son père.

Mais la révolte gronde, un traître va apparaître au sein de chaque famille, celles-ci se révélant pas si soudées que cela. Le livre repose sur l'opposition bien construite des adolescents vis-à-vis de la société dans laquelle ils vivent et de leur famille.  La construction de l'intrigue est lente et pas si simple à appréhender. JK Rowlings choisit de raconter l'histoire par l'intermédiaire d'une multitude de personnages (peut-être un peu trop) en essayant de suivre la vie d'Andrew, le fils d'un candidat à l'élection, qui lui sert de fil conducteur. Le mélange des vies (sans compter les flasbacks) nourrissent l'intrigue mais tendent à emmêler son écheveau.

Malgré cette critique, et la densité du récit qui en découle, l'auteur explore avec minutie l'intimité d'une communauté avec un scalpel, le lecteur n'échappera ni aux détails les plus cruels concernant les adultes ni aux pulsions des adolescents (mal-être, désirs sexuels...). JK Rowlings aborde de nombreux thèmes et maux de la société : l'opposition entre le coeur du village et la cité toute proche, les petits notables et les junkies, l'intégration des personnes étrangères, la rébellion des adolescents, les transgressions morales... Chaque personnage devient le porteur d'une volonté que rien n'arrêtera.

En conclusion, ce livre est plutôt bien écrit et bien construit, abordant des sujets très modernes. Le piège se referme sur chacun des protagonistes, il n'y aura pas d'issue, même pour le lecteur. Un livre qui mérite d'être lu pour enfin, avoir une autre vision des écrits de JK Rowlings. En espérant quand même qu'elle raccourcisse son propos la prochaine fois !


682 pages, chez Grasset / en format numérique aussi.

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