jeudi 3 janvier 2013

La vérité sur l'affaire Henry Québert, de Joël Dicker

[Une nouvelle rédactrice (collaboratrice), Emilie]

"Je ne sais pas si je dois te le passer, celui-là." m'avait dit ma mère, en me tendant "La vérité sur l'affaire Henry Québert". Elle m'attendait de pied ferme pour l'aider à quelque tâche... En effet, dévoré très rapidement, à tel point que je n'ai pas réussi - le contexte déserté d'un 27 décembre aidant au bureau - à le lâcher avant de l'avoir achevé pendant - scandale - le temps que j'aurais dû consacrer à travailler.

Bien sûr, j'aime ce genre de roman, ce qui facilite l'adhésion. Celui-là est néanmoins vraiment passionnant. Il se lit très facilement, il y a du suspense, des rebondissements, des idées. Et cerise sur le gâteau : le dénouement n'est pas tiré par les cheveux. Il arrive certains livres, très épais, qui tiennent en haleine jusqu'aux dernières pages mais dont on est malheureusement déçu par la fin, autrement dit essentiellement la résolution. 

Plongé dans "La vérité sur l'affaire Henry Québert", on ne s'ennuie pas une seconde, on ne s'y perd pas - le procédé narratif varié aidant, on lit d'une seule traite. 

Après coup, j'ai lu qu'il s'agissait du Prix Goncourt des lycéens 2012 et Grand Prix du Roman de l'Académie française 2012. Excellente pioche ! 

Emilie

jeudi 27 décembre 2012

Autre-Monde, tome 1 à 5, de Maxime Chattam

Une série de Maxime Chattam, plutôt pour un public de 10 à 15 ans, mais très agréable pour un adulte ayant gardé une âme d'enfant.

Je vais uniquement décrire cet univers sans m'attacher à résumer les livres en eux-mêmes, pour ne pas révéler les différentes intrigues. Les tomes 1 à 3 forment une trilogie, qui se clôt à la fin du tome 3, ensuite une nouvelle histoire débute (la suite de la première) avec le tome 4. A l'heure actuelle, la série est inachevée, Maxime Chattam se consacrant à l'écriture d'autres romans.

Une gigantesque tempête s'abat sur le monde lors d'un 25 décembre, détruisant le monde tel que nous le connaissons. Peu de gens vont survivre, mais deux groupes se détachent : les enfants et certains adultes. Les enfants n'ont pas changé, certes, peu ont survécu, mais tout ne s'est pas bien passé pour les adultes. La tempête a révélé ce qu'il y a de pire chez ces derniers. Les deux groupes vont lutter les uns contre les autres, des entités maléfiques voulant détruire les meneurs des enfants, "l'alliance des trois". Les enfants arriveront-ils à survivre dans ce monde si transformée, où la nature a repris ses droits et a détruit l'humanité ?

Le concept de fin du monde est renouvelé à travers le cycle l'Autre-Monde, l'opposition entre les adultes et les enfants ont bien construite, creusée par l'auteur pour en tirer une belle aventure. Les trois premiers tomes s'enchainent et attirent le lecteur pour dévorer les livres. Pas de superflu ni de digression, la trame de l'histoire enferre le lecteur dans le seul but de le retenir le plus longtemps possible, de l'attirer jusqu'à la délivrance...

Une bonne série, j'adore Maxime Chattam dans son style "morbide", je retrouve ici sa plume si caractéristique, si entrainante qui permet à une simple histoire d'ados de dépasser ce cadre pour toucher les adultes et de leur permettre de réfléchir à l'impact de la société sur la Terre, tant du point de vue écologique que sociétale.

A lire, pour les amateurs de "science-fiction catastrophe". A conseiller aux pré-ados et ados.


 

Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari

Le prix Goncourt 2012.

Deux histoires qui s'entrecroisent, celle du grand-père et celle du petit-fils. Corse, le grand-père traverse l'histoire du XXième siècle, de sa résistance miraculeuse à la maladie, son travail de diplomate dans les colonies africaines... Il refuse sa paternité et renverra son fils dans sa famille. Le petit-fils, élevé à Paris mais se sentant avant tout corse à travers les vacances de son enfance, decide d'abandonner ses études de philosophie afin de reprendre le bar du village avec son cousin. S'ensuivra l'apogée puis la chute à travers des personnages si différents : les serveuses, la famille...

L'idée originale est intéressante, ainsi que l'attachement à la culture de son enfance, mais tout ceci est effacé en deux pages par le style de l'auteur. Eprouvant, c'est le terme que j'emploierais, l'auteur n'utilise pas le point, ce qui donne des phrases de deux pages, qui a partir d'un mot, rebondisse sur une idée, qui en engendre une autre... Bref, ça ne s'arrête jamais, quand on commence une phrase, on ne sait pas quand elle va finir et si elle va faire avancer l'intrigue. C'est assez rare pour que je le dise, mais c'est vraiment pas ma tasse de thé.

Dommage que le personnage du petit-fils ne soit pas aussi creusé que celui du grand-père. Sont-ils lâches tous les deux : oui, chacun à leurs façons, l'abandon de son fils pour le premier, le refus de choisir sa vie pour le second... Mais on ne comprend pas pourquoi le petit-fils possède un caractère de pleutre, je ne sais pas, on dirait qu'il manque quelque chose, à moins que je ne me sois perdu dans un paragraphe !

A ne pas lire, à moins de vouloir paraître intelligent en société et en louant ce style si particulier...

208 pages, Actes Sud Editions

vendredi 7 décembre 2012

555 jeudi rouge, de Jérôme Cazes

Un livre sur la finance, prônant la régulation des banques et la remise en cause de la banque universelle à la française.

Eric Pothier, directeur de la Serfi, la banque de détail de la Banéfi, craint le pire : une nouvelle crise va frapper les banques d'investissement. En effet, certains prêts municipaux aux Etats Unis sont en défaut, les villes ne peuvent plus rembourser les sommes dues. Or, via certaines banques française, le plus gros fonds chinois en a acheté et, devant les pertes enregistrées, en demande l'annulation. Eric a toujours défendu un plus forte régulation et a construit la Serfi sur des bases solides mais rapportant au final beaucoup moins que la Banefi. Lenoir, président de la Banéfi, va l'encourager dans ce sens en l'introduisant dans le cercle fermé de l'Elysée. Mais celui-ci joue double jeu et le fait licencier car il prépare une méga-opération de rachat de la banque qui a réalisé les opérations avec les chinois. Eric va tout tenter pour faire connaître son cheval de bataille, pendant que les marchés jouent au yoyo, mais c'est sa femme aidée d'une consultante et d'un journaliste chinoise, qui va reprendre le flambeau et utiliser les réseaux sociaux pour lutter contre les banques d'investissement.

Jérôme Cazes décrit le milieu financier qu'il connaît bien, ainsi que les arcanes du pouvoir politique. Entre réseau d'énarques et dirigeants des grandes banques, tout est verrouillé pour faire ses opérations sans interventionniste. La commission bancaire passe alors pour la chambre d'enregistrement. Jérôme Cazes tente de montrer dans ce roman qu'une coalition de personnes via internet, en particulier Facebook et Twitter peut imposer des retournements improbables.

Le livre est une belle fiction, l'auteur prône une régulation qui pourrait être saine pour les banques. Il démonte aussi les réseaux d'influences entre grands patrons, ayant souvent fréquentés les mêmes écoles, les mêmes clubs... Dommage que la trame de l'histoire passe aussi par un attentat contre la famille d'Eric Pothier, qui gâche un peu le scénario.

Bref, un bon livre, simple, sans prétention qui pose les bonnes questions sur la finance des dernières années.

L'auteur, bien que vendant son livre sur amazon, le propose aussi via son site web en format numérique : http://www.555jeudirouge.fr/

mardi 4 décembre 2012

Seras-tu là, de Guillaume Musso

Un Guillaume Musso, et un.

Elliott, grand chirurgien habitant San Francisco et père d'une ravissante Angie, prend chaque année des vacances pour faire de la chirurgie humanitaire. En thaïlande, il sauve la vie d'un jeune garçon atteint de bec de lièvre. Pour le remercier, un vieil homme lui donne la possibilité de changer son passé avec dix petites pilules. Malgré l'amour qu'il porte à sa fille, âgé de vingt ans, il regrette la mort de son premier et seul amour, Ilena. Sans trop y croire, il avale la pilule et se retrouve trente ans en arrière... Il décide de tout faire pour la sauver.

J'ai toujours un mauvais a priori avant de commencer un Guillaume Musso, je trouve ses succès trop commerciaux, des livres écrits à la va-vite. Donc comme je n'attends rien, c'est toujours avec plaisir que je savoure ce savant dosage de sentiments, intrigues qui se développent dans chacun de ses livres et nous entrainent dans un monde où tout est possible. Celui-ci n'échappe pas à la règle, comme d'habitude devrais-je reconnaitre. 

Peut-on changer le passé, et si oui, que changerait-on dans notre passé. S'inspirant des livres de Barjavel, Guillaume Musso fait renaître le mythe en utilisant les ressorts des sentiments pour donner un livre passionnant.  Cela donne un livre dynamique qui mêle les différents personnages en alternant les périodes temporelles. Elliott, 60 ans, va rencontrer son double âgé de 30 ans pour le convaincre de suivre sa vision des choses. Mais changer le passé influe le futur, donc gare aux modifications intempestives. Malgré des incohérences de scenario, que je vous laisse découvrir, une écriture facile (suffisante ?), la force du livre réside dans l'inventivité de Guillaume Musso, qui a défaut de ne jamais recevoir un prix pour ses livres, connaît un grand succès populaire (au sens noble du terme) et pour ça, remercions le ! Quel imagination...

Réfléchissez bien, si on vous donnait la possibilité de changer quelque chose de votre passé, que changeriez-vous ?

Edition Pocket, 210 pages (c'est court, ça se lit vite, foncez)

mardi 27 novembre 2012

Le collectionneur, d'Alex Kava

Je suis tombé sur ce livre par hasard, le titre me plaisait, je l'ai lu. Ça sent le thriller, la couverture venant corroborer le titre. Alors comment c'est ? Un bon thriller bien organisé, prenant, c'est tout ce que l'on demande !

Avant d'attaquer le résumé, je pense que ce n'est pas son premier livre (en effet, Amazon nous en propose une dizaine), celui-ci doit être une suite car il fait référence à des évènements précédents. Mais bon, cela ne m'a pas gêné pour suivre l'intrigue.

Maggie O'Dell est une profiler du FBI qui a connu l'enfer en pourchassant le serial-killer Albert Stucky, surnommé le collectionneur. Celle-ci a déménagé et quitté son mari afin de se reconstruire, mais marquée à vie, elle reste fragile et sur ses gardes. Or Stucky parvient à s'échapper lors d'un transfert et décide de jouer. La poursuite entre les deux protagonistes va laisser des cadavres sur le chemin jusqu'à l'affrontement final.

Ce livre est un vrai thriller, l'intrigue, même si elle demeure commune à de nombreux livres, est intéressante et accrocheuse. On le lit sans peine, avide de savoir qui tuera l'autre. Ce qui m'a semblé intéressant, c'est l'étude psychologique, non pas du tueur comme on peut s'y attendre, mais de l’enquêtrice qui est rongée par la peur et le doute. Peut-elle elle-même sombrer dans le mal, qu'elle s'attache tant à combattre ? La réponse n'est pas si évidente et l'auteur creuse particulièrement ce point. Comment la peur, le stress et la poursuite modifie ses pensées et l'oblige à suivre un chemin qui n'est pas le sien, au péril de sa vie et de sa santé mentale. La "folie" du tueur se répandra-t-elle sur l'enquêtrice, seule la lecture du livre vous donnera la réponse...

En conclusion, un bon thriller, accrocheur même sans la lecture des autres tomes. Un bon roman malgré une intrigue classique.

448 pages, format kindle.

mercredi 21 novembre 2012

Cinquante nuances de Grey, de E.L. James

Aux moins de 18 ans, passez votre chemin.

Je ne parlerai dans ce message que du tome 1 (qui en compte trois), seul traduit à ce jour en France. Rien ne vous empêche de l'acheter sur amazon en version anglaise, mais est-ce si intéressant ?

L'histoire est simple, une jeune étudiante en littérature, Anna Steele, rencontre un richissime homme d'affaires Christian Grey au cours d'une interview pour le journal de la fac.Ils vont se revoir et commencer une relation amoureuse (sexuelle ?), assez compliquée. En effet, Christian ne désire qu'une soumise et ne voit pas le sexe autrement que sado-maso. Anna le fera-t-elle changer ? Jusqu'où est-elle prête à aller ?

Bon avec ce descriptif, je suis sûr que vous êtes prêt à acheter immédiatement ce livre, le mot sexe ayant retenu votre attention. Est-ce croustillant ? La réponse est oui, bien que les descriptions de leurs activités sexuelles soient résumées en quelques mots, et semblables à chaque fois. Le lieu est différent mais la succession des évènements est identique, jouissance de la fille, pénétration et clap de fin "Oh c'était trop bon...". Bref, vous pimentez ça avec deux scènes un peu sado-maso, le fantasme de l'attachement en particulier et de la fessée. C'est un peu juste en terme de désirs et fantasmes.

Passons aux choses qui fâchent : l'histoire, le début est interminable, le milieu est lassant, la fin prévisible (quand on sait qu'il y a trois tomes)... Les quelques scènes sexuelles qui émaillent l'histoire sont répétitives à souhait. L'écriture est incroyablement misérable, on voit qu'elle ne s'est pas foulée lors de la rédaction. La séquence des mails entre les deux amoureux est horripilante, à part remplir des pages, on se demande ce que cela apporte (la modernité de leurs relations ??). Même les livres de Joy Laurey (Joy), considérés dans les années 80 comme pornographiques, sont largement mieux écrits et plus intéressants (moins de détails dans les scènes mais beaucoup plus accrocheur).

Pourtant ce livre a fait fureur aux US, à tel point que c'est une des meilleures ventes. On a même donné un nom à ce style littéraire, le mommy porn. La vente de sextoys et de jouets à tendance sado-maso comme les menottes a explosé dans tous les pays où est vendu le livre. Comme quoi, même avec un livre pas terrible, on peut en faire un best-seller sur un marché de niche au départ.

Donc, je ne suis pas pas fan, ça se lit oui, sans difficulté (c'est sûr) mais si vous voulez un livre plus torride avec une histoire et un style littéraire au-delà du simple sujet - verbe - complément (ou harlequin), je vous conseille le Joyau de Jacques Montfer.

JC Lattès, 560 pages