jeudi 27 décembre 2012

Autre-Monde, tome 1 à 5, de Maxime Chattam

Une série de Maxime Chattam, plutôt pour un public de 10 à 15 ans, mais très agréable pour un adulte ayant gardé une âme d'enfant.

Je vais uniquement décrire cet univers sans m'attacher à résumer les livres en eux-mêmes, pour ne pas révéler les différentes intrigues. Les tomes 1 à 3 forment une trilogie, qui se clôt à la fin du tome 3, ensuite une nouvelle histoire débute (la suite de la première) avec le tome 4. A l'heure actuelle, la série est inachevée, Maxime Chattam se consacrant à l'écriture d'autres romans.

Une gigantesque tempête s'abat sur le monde lors d'un 25 décembre, détruisant le monde tel que nous le connaissons. Peu de gens vont survivre, mais deux groupes se détachent : les enfants et certains adultes. Les enfants n'ont pas changé, certes, peu ont survécu, mais tout ne s'est pas bien passé pour les adultes. La tempête a révélé ce qu'il y a de pire chez ces derniers. Les deux groupes vont lutter les uns contre les autres, des entités maléfiques voulant détruire les meneurs des enfants, "l'alliance des trois". Les enfants arriveront-ils à survivre dans ce monde si transformée, où la nature a repris ses droits et a détruit l'humanité ?

Le concept de fin du monde est renouvelé à travers le cycle l'Autre-Monde, l'opposition entre les adultes et les enfants ont bien construite, creusée par l'auteur pour en tirer une belle aventure. Les trois premiers tomes s'enchainent et attirent le lecteur pour dévorer les livres. Pas de superflu ni de digression, la trame de l'histoire enferre le lecteur dans le seul but de le retenir le plus longtemps possible, de l'attirer jusqu'à la délivrance...

Une bonne série, j'adore Maxime Chattam dans son style "morbide", je retrouve ici sa plume si caractéristique, si entrainante qui permet à une simple histoire d'ados de dépasser ce cadre pour toucher les adultes et de leur permettre de réfléchir à l'impact de la société sur la Terre, tant du point de vue écologique que sociétale.

A lire, pour les amateurs de "science-fiction catastrophe". A conseiller aux pré-ados et ados.


 

Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari

Le prix Goncourt 2012.

Deux histoires qui s'entrecroisent, celle du grand-père et celle du petit-fils. Corse, le grand-père traverse l'histoire du XXième siècle, de sa résistance miraculeuse à la maladie, son travail de diplomate dans les colonies africaines... Il refuse sa paternité et renverra son fils dans sa famille. Le petit-fils, élevé à Paris mais se sentant avant tout corse à travers les vacances de son enfance, decide d'abandonner ses études de philosophie afin de reprendre le bar du village avec son cousin. S'ensuivra l'apogée puis la chute à travers des personnages si différents : les serveuses, la famille...

L'idée originale est intéressante, ainsi que l'attachement à la culture de son enfance, mais tout ceci est effacé en deux pages par le style de l'auteur. Eprouvant, c'est le terme que j'emploierais, l'auteur n'utilise pas le point, ce qui donne des phrases de deux pages, qui a partir d'un mot, rebondisse sur une idée, qui en engendre une autre... Bref, ça ne s'arrête jamais, quand on commence une phrase, on ne sait pas quand elle va finir et si elle va faire avancer l'intrigue. C'est assez rare pour que je le dise, mais c'est vraiment pas ma tasse de thé.

Dommage que le personnage du petit-fils ne soit pas aussi creusé que celui du grand-père. Sont-ils lâches tous les deux : oui, chacun à leurs façons, l'abandon de son fils pour le premier, le refus de choisir sa vie pour le second... Mais on ne comprend pas pourquoi le petit-fils possède un caractère de pleutre, je ne sais pas, on dirait qu'il manque quelque chose, à moins que je ne me sois perdu dans un paragraphe !

A ne pas lire, à moins de vouloir paraître intelligent en société et en louant ce style si particulier...

208 pages, Actes Sud Editions

vendredi 7 décembre 2012

555 jeudi rouge, de Jérôme Cazes

Un livre sur la finance, prônant la régulation des banques et la remise en cause de la banque universelle à la française.

Eric Pothier, directeur de la Serfi, la banque de détail de la Banéfi, craint le pire : une nouvelle crise va frapper les banques d'investissement. En effet, certains prêts municipaux aux Etats Unis sont en défaut, les villes ne peuvent plus rembourser les sommes dues. Or, via certaines banques française, le plus gros fonds chinois en a acheté et, devant les pertes enregistrées, en demande l'annulation. Eric a toujours défendu un plus forte régulation et a construit la Serfi sur des bases solides mais rapportant au final beaucoup moins que la Banefi. Lenoir, président de la Banéfi, va l'encourager dans ce sens en l'introduisant dans le cercle fermé de l'Elysée. Mais celui-ci joue double jeu et le fait licencier car il prépare une méga-opération de rachat de la banque qui a réalisé les opérations avec les chinois. Eric va tout tenter pour faire connaître son cheval de bataille, pendant que les marchés jouent au yoyo, mais c'est sa femme aidée d'une consultante et d'un journaliste chinoise, qui va reprendre le flambeau et utiliser les réseaux sociaux pour lutter contre les banques d'investissement.

Jérôme Cazes décrit le milieu financier qu'il connaît bien, ainsi que les arcanes du pouvoir politique. Entre réseau d'énarques et dirigeants des grandes banques, tout est verrouillé pour faire ses opérations sans interventionniste. La commission bancaire passe alors pour la chambre d'enregistrement. Jérôme Cazes tente de montrer dans ce roman qu'une coalition de personnes via internet, en particulier Facebook et Twitter peut imposer des retournements improbables.

Le livre est une belle fiction, l'auteur prône une régulation qui pourrait être saine pour les banques. Il démonte aussi les réseaux d'influences entre grands patrons, ayant souvent fréquentés les mêmes écoles, les mêmes clubs... Dommage que la trame de l'histoire passe aussi par un attentat contre la famille d'Eric Pothier, qui gâche un peu le scénario.

Bref, un bon livre, simple, sans prétention qui pose les bonnes questions sur la finance des dernières années.

L'auteur, bien que vendant son livre sur amazon, le propose aussi via son site web en format numérique : http://www.555jeudirouge.fr/

mardi 4 décembre 2012

Seras-tu là, de Guillaume Musso

Un Guillaume Musso, et un.

Elliott, grand chirurgien habitant San Francisco et père d'une ravissante Angie, prend chaque année des vacances pour faire de la chirurgie humanitaire. En thaïlande, il sauve la vie d'un jeune garçon atteint de bec de lièvre. Pour le remercier, un vieil homme lui donne la possibilité de changer son passé avec dix petites pilules. Malgré l'amour qu'il porte à sa fille, âgé de vingt ans, il regrette la mort de son premier et seul amour, Ilena. Sans trop y croire, il avale la pilule et se retrouve trente ans en arrière... Il décide de tout faire pour la sauver.

J'ai toujours un mauvais a priori avant de commencer un Guillaume Musso, je trouve ses succès trop commerciaux, des livres écrits à la va-vite. Donc comme je n'attends rien, c'est toujours avec plaisir que je savoure ce savant dosage de sentiments, intrigues qui se développent dans chacun de ses livres et nous entrainent dans un monde où tout est possible. Celui-ci n'échappe pas à la règle, comme d'habitude devrais-je reconnaitre. 

Peut-on changer le passé, et si oui, que changerait-on dans notre passé. S'inspirant des livres de Barjavel, Guillaume Musso fait renaître le mythe en utilisant les ressorts des sentiments pour donner un livre passionnant.  Cela donne un livre dynamique qui mêle les différents personnages en alternant les périodes temporelles. Elliott, 60 ans, va rencontrer son double âgé de 30 ans pour le convaincre de suivre sa vision des choses. Mais changer le passé influe le futur, donc gare aux modifications intempestives. Malgré des incohérences de scenario, que je vous laisse découvrir, une écriture facile (suffisante ?), la force du livre réside dans l'inventivité de Guillaume Musso, qui a défaut de ne jamais recevoir un prix pour ses livres, connaît un grand succès populaire (au sens noble du terme) et pour ça, remercions le ! Quel imagination...

Réfléchissez bien, si on vous donnait la possibilité de changer quelque chose de votre passé, que changeriez-vous ?

Edition Pocket, 210 pages (c'est court, ça se lit vite, foncez)

mardi 27 novembre 2012

Le collectionneur, d'Alex Kava

Je suis tombé sur ce livre par hasard, le titre me plaisait, je l'ai lu. Ça sent le thriller, la couverture venant corroborer le titre. Alors comment c'est ? Un bon thriller bien organisé, prenant, c'est tout ce que l'on demande !

Avant d'attaquer le résumé, je pense que ce n'est pas son premier livre (en effet, Amazon nous en propose une dizaine), celui-ci doit être une suite car il fait référence à des évènements précédents. Mais bon, cela ne m'a pas gêné pour suivre l'intrigue.

Maggie O'Dell est une profiler du FBI qui a connu l'enfer en pourchassant le serial-killer Albert Stucky, surnommé le collectionneur. Celle-ci a déménagé et quitté son mari afin de se reconstruire, mais marquée à vie, elle reste fragile et sur ses gardes. Or Stucky parvient à s'échapper lors d'un transfert et décide de jouer. La poursuite entre les deux protagonistes va laisser des cadavres sur le chemin jusqu'à l'affrontement final.

Ce livre est un vrai thriller, l'intrigue, même si elle demeure commune à de nombreux livres, est intéressante et accrocheuse. On le lit sans peine, avide de savoir qui tuera l'autre. Ce qui m'a semblé intéressant, c'est l'étude psychologique, non pas du tueur comme on peut s'y attendre, mais de l’enquêtrice qui est rongée par la peur et le doute. Peut-elle elle-même sombrer dans le mal, qu'elle s'attache tant à combattre ? La réponse n'est pas si évidente et l'auteur creuse particulièrement ce point. Comment la peur, le stress et la poursuite modifie ses pensées et l'oblige à suivre un chemin qui n'est pas le sien, au péril de sa vie et de sa santé mentale. La "folie" du tueur se répandra-t-elle sur l'enquêtrice, seule la lecture du livre vous donnera la réponse...

En conclusion, un bon thriller, accrocheur même sans la lecture des autres tomes. Un bon roman malgré une intrigue classique.

448 pages, format kindle.

mercredi 21 novembre 2012

Cinquante nuances de Grey, de E.L. James

Aux moins de 18 ans, passez votre chemin.

Je ne parlerai dans ce message que du tome 1 (qui en compte trois), seul traduit à ce jour en France. Rien ne vous empêche de l'acheter sur amazon en version anglaise, mais est-ce si intéressant ?

L'histoire est simple, une jeune étudiante en littérature, Anna Steele, rencontre un richissime homme d'affaires Christian Grey au cours d'une interview pour le journal de la fac.Ils vont se revoir et commencer une relation amoureuse (sexuelle ?), assez compliquée. En effet, Christian ne désire qu'une soumise et ne voit pas le sexe autrement que sado-maso. Anna le fera-t-elle changer ? Jusqu'où est-elle prête à aller ?

Bon avec ce descriptif, je suis sûr que vous êtes prêt à acheter immédiatement ce livre, le mot sexe ayant retenu votre attention. Est-ce croustillant ? La réponse est oui, bien que les descriptions de leurs activités sexuelles soient résumées en quelques mots, et semblables à chaque fois. Le lieu est différent mais la succession des évènements est identique, jouissance de la fille, pénétration et clap de fin "Oh c'était trop bon...". Bref, vous pimentez ça avec deux scènes un peu sado-maso, le fantasme de l'attachement en particulier et de la fessée. C'est un peu juste en terme de désirs et fantasmes.

Passons aux choses qui fâchent : l'histoire, le début est interminable, le milieu est lassant, la fin prévisible (quand on sait qu'il y a trois tomes)... Les quelques scènes sexuelles qui émaillent l'histoire sont répétitives à souhait. L'écriture est incroyablement misérable, on voit qu'elle ne s'est pas foulée lors de la rédaction. La séquence des mails entre les deux amoureux est horripilante, à part remplir des pages, on se demande ce que cela apporte (la modernité de leurs relations ??). Même les livres de Joy Laurey (Joy), considérés dans les années 80 comme pornographiques, sont largement mieux écrits et plus intéressants (moins de détails dans les scènes mais beaucoup plus accrocheur).

Pourtant ce livre a fait fureur aux US, à tel point que c'est une des meilleures ventes. On a même donné un nom à ce style littéraire, le mommy porn. La vente de sextoys et de jouets à tendance sado-maso comme les menottes a explosé dans tous les pays où est vendu le livre. Comme quoi, même avec un livre pas terrible, on peut en faire un best-seller sur un marché de niche au départ.

Donc, je ne suis pas pas fan, ça se lit oui, sans difficulté (c'est sûr) mais si vous voulez un livre plus torride avec une histoire et un style littéraire au-delà du simple sujet - verbe - complément (ou harlequin), je vous conseille le Joyau de Jacques Montfer.

JC Lattès, 560 pages

vendredi 16 novembre 2012

L'héritage des templiers, de Steve Berry

Dans la même veine des romans "historico-religieux", que Dan Brown a particulièrement mis en avant avec son Da Vinci Code, Steve Berry présente l'Héritage des templiers.

1118, à Jérusalem, neuf chevaliers fondent l'ordre du Temple, plus connu sous le terme Templier. 1307, Philippe Le Bel décide de détruire l'ordre, alors au fait de sa puissance et de sa richesse. Les templiers sont arrêtés, le grand maître, Jacques de Molay est torturé puis brulé à Paris sur ordre de l'Inquisition. Le roi espérait récupérer le trésor de l'ordre mais personne n'avoua où il avait été caché.

2006, un ex-agent d'une unité secrète américaine, Cotton Malone, est devenu libraire à Copenhague. Il retrouve son ancienne responsable, Stéphanie Nelle, venue en visite. Or celle-ci se fait voler son sac, mais son agresseur, poursuivi par Malone, décède quelques minutes plus tard en se jetant d'une tour.  Commence alors une course poursuite pour découvrir qui en veut à son ancien mari aujourd'hui décédé et pourquoi. Celui-ci était l'auteur d'une théorie sur Rennes-le-Chateau et le trésor disparu avec les Templiers. Les deux anciens équipiers vont alors se lancer à la recherche du secret tout en essayant d'échapper à l'ordre, qui n'a pas disparu !

Un livre construit sur le mélange de thèmes classiques (et vendeurs ?) des templiers, de Rennes-le-Chateau (et son abbé) et surtout de Jesus. Que ne serait un roman de ce type sans des explications à n'en plus finir sur le nouveau Testament et les Evangiles. La rhétorique de Steve Berry est bien construite et il l'associe à une histoire rapide et crédible mais on a l'impression que tous les auteurs utilisent cette veine pour vendre leur ouvrage. Le mystère de Rennes-le-Chateau est vraiment propice à l'imagination débordante de l'auteur. 

Mais bon, je ne sais pas si j'ai "trop" lu ce style de roman, mais je suis assez blasé maintenant, finalement, ils se ressemblent tous et sont construits de la même façon. Un intérêt quand même à ce livre, c'est qu'il appartient à une série (i.e. Steve Berry utilise le personnage de Cotton Malone dans plusieurs de ses ouvrages), donc le lecteur peut être intéressé par la vie du héros.

Un livre finalement moyen, l'un des moins intéressants de cet auteur.

Edition Pocket, 640 pages

jeudi 15 novembre 2012

Google Démocratie, de Laurent Alexandre & David Angelin

Dans la même veine que le Problème de Turing, voici un autre techno-thriller (mot découvert hier) : Google Démocratie. Comme son nom l'indique, il aborde l'imposante présence de Google dans notre société en nous projetant dans 6 ans (hé oui, c'est assez proche !).

2018, le monde tel que nous le connaissons a changé. Microsoft a quasiment disparu, Google prédomine l'informatique, les manipulations génétiques vont bon train, les gens peuvent "programmer" leurs bébés... Au niveau mondial, l'Europe s'est effondrée sous le poids de la dette et devant son refus d'autoriser les lois bioéthiques favorables aux manipulations. Le "nouveau" monde se partage alors entre deux clans : les bioconservateurs et les transhumanistes. Deux hommes vont alors s'affronter, Sergey Brain, cofondateur de Google et Milton Earle, politicien conservateur multi-milliardaire. Sergey Brain décide de lancer une IA (dont la notion reste assez floue dans le livre) qui permettra aux gens d'accéder à un monde virtuel. La guerre se fera à coup de dossiers compromettants, de compagnies privées, grassement rémunérées par les deux parties. Le monde devient un échiquier géant...

Ce livre met en exergue la montée de Google depuis 5 ans et nous projette dans un monde où celui-ci aura éradiqué tous ses concurrents. Google possède tous les leviers : la publicité et surtout les données personnelles, il contrôle la vie des gens, leurs envies, leurs besoins. Au-delà des notions de vie privée, le livre aborde le thème de la concentration de l'information au sein d'une société privée. Celle-ci devient alors plus puissante que les états car elle peut aisément manipuler les personnes, à tous les niveaux de responsabilités.

Une petite mention à la description de l'Europe en ruine et ruinée, des gouvernements qui se déchirent pour un pouvoir disparu, une pauvreté digne d'un pays du tiers-monde. Pour un ami ch'ti, une visite de Lens et Lille fort intéressante et où la drogue est le seul vecteur d'espérance.

Bref, un livre qui se lit rapidement, dans un style fluide qui ne se prend pas la tête, qui donne à réfléchir à l'heure où Google Now vous permet de vous faciliter la vie mais aussi de contrôler vos faits et gestes !

Edition Naïve, 400 pages

mercredi 14 novembre 2012

Le problème de Turing, de Harry Harrison et Minsky

Un livre d'un sous-genre de science-fiction, dans une veine parallèle à celle d'Asimov. La différence, le récit se projette dans un temps très proche du nôtre dans le problème de Turing alors que ceux d'Asimov se situent dans un monde futur, totalement différent de celui que l'on connaît. Peu d'ouvrages que j'ai pu lire se classe dans ce genre, hormis peut-être Google Démocratie, sur lequel je reviendrai dans un un autre message.

Harry Harrison est un auteur peu connu du grand public hormis pour son roman Make room ! Make room ! qui sert de base au film Soleil vert. Marvin Minsky, lui, est beaucoup plus connu dans le milieu scientifique, il est en effet le père de l'intelligence artificielle, il a ainsi développé un grand nombre de concepts sur le sujet. Il a obtenu le prix Turing (équivalent du prix Nobel en informatique) et a été professeur au MIT. Les deux auteurs se sont alors associés pour  écrire un roman d'anticipation (même si je trouve ce terme pas très bien adapté).

En 2023, un jeune génie, Brian Delaney, employé du consortium Megaglobe, s'apprête à faire une démonstration de l'intelligence artificielle qu'il vient de créer. Mais des hommes armés s'introduisent dans le bâtiment sécurisé et abattent tout le monde. Le matériel, les notes, tout disparaît, Brian reçoit une balle dans la tête lors de l'attaque, il est laissé pour mort au fond d'une armoire. Erin Snarebrooke, neurologue réputé, décide d'employer une nouvelle technique pour soigner le cerveau endommagé de Brian, en lui implantant une puce révolutionnaire pour relier les deux hémisphères de son cerveau. Brian se réveille mais dix années de souvenirs ont alors disparu, il se retrouve adolescent. Un tripe quête va alors commencer, la création d'une nouvelle IA, mettre un nom sur celui qui a voulu le tuer et se reconstruire. Il sera assisté par une jeune ingénieur de l'armée, Shelley, spécialiste en systèmes experts.

Le coeur même du livre se situe, non pas dans l'histoire d'un jeune homme qui va se reconstruire (physiquement et psychologiquement via une puce) mais plutôt dans la recherche d'une réponse à la question : qu'est ce qui nous rend humain ? Une IA peut-elle être un homme, un homme peut-il devenir une machine et finalement perdre sa part d'humanité ? Le Problème de Turing essaye d'apporter un éclairage sur cette question par l'intermédiaire de Brian et Sven, son IA. Au-delà du domaine de l'intelligence artificielle, ce livre nous confronte à nos peurs et espoirs envers la science. Les propos des auteurs sont plutôt optimistes sur le fait que la science avancera pour le bienfait de l'humanité.

Le livre est particulièrement bien écrit, bien construit et fluide. Il vulgarise avec brio les articles qui traitent des sujets d'IA (techniques et conceptuels), étant écrit par l'un de ses plus brillants géniteurs. Toute personne qui s'est intéressée à cette problématique, trouvera des réponses à certaines questions qu'il a pu se poser : il aborde tout aussi des aspects biologiques sur le cerveau, la construction de la pensée, les pistes de construction d'une IA qui pourrait passer le célèbre test de Turing (communiquer avec un humain sans que celui-ci ne puisse discerner sa véritable identité).

Je pense que c'est de mes livres préférés, lu plus d'une dizaine de fois, et qui, à chaque fois, m'a apporté un petit quelque chose supplémentaire. Ce livre, que j'ai lu adolescent la première fois, m'a d'abord donné envie de comprendre ce domaine scientifique puis m'a fait réfléchir sur son utilisation, et plus globalement, l'usage des sciences et son impact dans nos vies.

Bref, je le recommande vivement, car c'est vraiment un livre à multiples horizons !


Livre de Poche,  540 pages / écrit en 1992

lundi 12 novembre 2012

Jean qui dort et Jean qui lit - Jolibois & Heinrich / jeunesse

Ce livre est l'un des douze livres de la série "les petites poules", de Christian Jolibois et Christian Heinrich.

Les petites poules sont très tristes, en effet, le Rat Conteur leur annonce qu'il arrête de raconter des histoires au coin du feu à cause de son grand âge, il est vraiment trop fatigué. Hélas, il n'a trouvé personne à qui transmettre son savoir. Le fantôme de son oncle mort lui annonce, devant les petites poules ébahies, que son successeur s'appelle Jean et qu'il doit le retrouver dans trois jours en suivant la flèche, sinon toutes le histoires tomberont dans l'oubli... 

Le Rat Conteur va donc partir à la recherche de Jean, assisté de Carmelito, Carmen et Bélino (qui ne pense qu'à son fromage). De merveilleuses rencontres vont émailler leur entreprise, à la rencontre de tous les Jean qu'ils connaissent : du lapin crétin à l'ours mal léché, en passant par un furet... Finalement, ils trouveront leur Jean mais... surprise il faut lire le livre pour savoir qui sera le digne successeur du Rat Conteur!

Ce livre ainsi que toute la série est très drôle, fait énormément rire mes enfants, l'écriture est joyeuse et entraînante. Il est bourré d'humour et de jeu de mots, plein de références à des textes classiques, de contes que les enfants connaissent (ou que les adultes connaissent). Le texte est imagé avec finesse et drôlerie (Bélino est un maître en bêtise), les dessins permettent aux enfants qui écoutent de se projeter dans l'histoire.

Les enfants sont vraiment fans de la série, à la maison, nous avons quasiment tous les volumes. "C'est extra" dixit mon fils et "C'est rigolo, c'est plein de références à d'autres livres" dixit ma fille. Je passe sous silence le nombre extraordinaire de fois où nous avons lu les 5 volumes emportés en vacances pour passer le temps dans la voiture... 

La série est adaptée pour des enfants entre 5 ans et 8 ans (pré-lecteur et lecteur), chaque livre fait 45 pages mêlant dessins et texte. Je le recommande vivement à tous les parents qui souhaitent faire découvrir de belles histoires à leurs enfants, qui souhaitent rire de bon coeur devant les histoires des petites poules. Un beau moment de partage...

PS : recommandé aussi par ma femme, professeur des écoles, adapté pour une classe de CE1.

Aux éditions Pocket Jeunesse, en album.

vendredi 9 novembre 2012

Une place à prendre, de JK Rowling

Le livre tant attendu de JK Rowling, après vingt années passées à concevoir la saga Harry Potter.  Son livre a été particulièrement mis en avant par son éditeur dans les librairies et les supermarchés, mais que raconte-t-il réellement ?

Pagford, tranquille petite ville au sud de l'Angleterre, voit la vie de ses habitants bouleversée par un évènement anodin : la mort brutale du conseiller paroissial Barry Fairbrother. Barry était très impliqué dans la vie de la commune ainsi qu'auprès des jeunes du lycée, il défendait particulièrement la cité des Champs et souhaitait éviter le rattachement de celle-ci à la ville mitoyenne Yarvil. Sa mort libére une place au conseil paroissial.

Deux camps vont alors s'opposer pour sa succession, d'un côté les Mollison, conduit par Howard, le patron de l'épicerie, président du conseil paroissial, de l'autre, un ensemble hétéroclite de personnages (la doctoresse, le proviseur du lycée), se sentant investi de la parole de Barry Fairbrother afin de sauver les Champs et la clinique de désintox. Tous les coups sont alors permis et les rumeurs vont bon train, mais les principaux protagonistes vont vite être dépassés par le fantôme de Barry qui publie des messages sur le site de la commune...

Ce livre se rattache au style de la comédie de vie grinçante, une critique acerbe des petites mentalités de chacun dans une petite ville: ne pas voir qu'il existe un monde en dehors de sa famille et du lieu où l'on habite. Pagford devient au fil des pages le lieu de toutes les mesquineries et bassesses ressassées depuis des années. Chacun critique son voisin, sa voisine, la doctoresse, d'origine indienne... Dans le rôle du seigneur local, Howard Millison est le parangon de l'histoire : imposant tant par son physique que par son rôle social, il dirige d'une main de fer sa famille et le conseil paroissial, son fils Miles doit prendre la place de Barry afin de contrôler le conseil et voter les résolutions de son père.

Mais la révolte gronde, un traître va apparaître au sein de chaque famille, celles-ci se révélant pas si soudées que cela. Le livre repose sur l'opposition bien construite des adolescents vis-à-vis de la société dans laquelle ils vivent et de leur famille.  La construction de l'intrigue est lente et pas si simple à appréhender. JK Rowlings choisit de raconter l'histoire par l'intermédiaire d'une multitude de personnages (peut-être un peu trop) en essayant de suivre la vie d'Andrew, le fils d'un candidat à l'élection, qui lui sert de fil conducteur. Le mélange des vies (sans compter les flasbacks) nourrissent l'intrigue mais tendent à emmêler son écheveau.

Malgré cette critique, et la densité du récit qui en découle, l'auteur explore avec minutie l'intimité d'une communauté avec un scalpel, le lecteur n'échappera ni aux détails les plus cruels concernant les adultes ni aux pulsions des adolescents (mal-être, désirs sexuels...). JK Rowlings aborde de nombreux thèmes et maux de la société : l'opposition entre le coeur du village et la cité toute proche, les petits notables et les junkies, l'intégration des personnes étrangères, la rébellion des adolescents, les transgressions morales... Chaque personnage devient le porteur d'une volonté que rien n'arrêtera.

En conclusion, ce livre est plutôt bien écrit et bien construit, abordant des sujets très modernes. Le piège se referme sur chacun des protagonistes, il n'y aura pas d'issue, même pour le lecteur. Un livre qui mérite d'être lu pour enfin, avoir une autre vision des écrits de JK Rowlings. En espérant quand même qu'elle raccourcisse son propos la prochaine fois !


682 pages, chez Grasset / en format numérique aussi.