samedi 23 mars 2013

La vérité sur l'affaire Henry Québert, de Joël Dicker (suite)

En lisant la critique d'Emilie, notre "critique" expatriée en Guyane, j'ai eu envie de lire La Vérité sur l'affaire Harry Québert, je l'avais mis de côté pour les vacances (j'ai un peu triché, j'avais commencé avant).

Effectivement, je suis resté sur le c**, en fait je ne savais pas à quoi m'attendre (Emilie ne dévoile pas l'intrigue). C'est un roman inclassable à mon sens : policier, roman de la vie, sensibilité de l'écrivain, bref, un livre qui me parle. L'intrigue, le sens de la narration adopté par de multiples personnages, tout dans ce livre donne un Grand livre. 

Bref, un prix amplement mérité, reconnu par pas mal de critiques. Jetez le Serment de la Chute de Rome et dévorez La Vérité sur l'Affaire Harry Québert.

Un beau roman, plein de sens.

mardi 5 février 2013

La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole

Après pas mal de retard, d'autres choses importantes à régler, et quelques lectures diverses et variées : des SAS (c.f. un article du Monde sur son auteur Gérard de Villiers), le tome II de Cinquante nuances de Grey, (rien à dire, comme le précédent, nul), les tomes I & II d'Eragon de Christopher Paolini (vraiment pas mal pour un roman jeunesse 12/15 ans, j'y reviendrai)... bref des livres pas nécessairement intéressants à commenter, je vais vous faire une petite synthèse de La Conjuration des Imbéciles, livre que je voulais lire depuis quelques temps.

Ce livre, assez étrange, frôlant sans cesse la comédie, l'absurde et le drame, a obtenu le prix Pulitzer, prix décerné douze ans après le suicide de son auteur.

L'histoire se situe au début des années 1960 à la Nouvelle-Orléans, le personnage principal est Ignatius J. Reilly, ancien étudiant en littérature médiévale, celui-ci est retourné vivre chez sa mère car il n'a pas trouvé d'emploi comme professeur. Il faut toutefois précisé que Ignatius, très intelligent, confine à une sorte de génie paranoïaque, de son point de vue, la société ne le comprends pas, le rejette, par opposition il hait de toutes ses forces ses contemporains. Sa mère, alcoolique (à force de supporter son fils ?), cause la destruction d'une terrasse lors d'un accident de voiture. N'ayant aucun moyen, elle force son fils a enfin sortir de chez elle pour qu'il ramène de l'argent. Il va donc errer de travail en travail, se montrant odieux et égocentrique, proférant des avis totalement en décalage avec son époque. De plus, Ignatius se rêve en grand écrivain, incompris comme il se doit, rédigeant ses mémoires et sa théorie inspirée de Boèce ("La Consolation de la Philosophie"), et entretient une correspondance trouble avec une anarchiste-beatnik Myrna Minkoff...

Ce livre est intéressant à plusieurs points de vue. Par sa critique féroce des années 60 dans une société qui évolue par à coup avec la création de mouvements (anarchistes, beatniks, étudiants...) sur un fond de racisme marqué de la part des blancs envers les noirs (l'esclavage n'est pas loin). La société n'est pas l'image idéale que tente de nous renvoyer aujourd'hui la nation américaine. Là, tout n'est que drame et misère humaine, sur laquelle vivent quelques patrons, tandis que d'autres essayent de survivre (le vendeur de hot-dogs, la tenancière de bar). La vie est dure, sans concession, il faut travailler. A travers ce monde, erre un personnage tout en décalage, que l'on déteste et que l'on adore, dont on aime se moquer devant tant de stupidité. Etre associable, génie incompris, on peut tout voir dans cet Ignatius, même la honte de la famille. Sa plus grande force est de provoquer des catastrophes partout où il passe, et il va chambouler sa vie familiale et la vie de ses proches par ricochet...

Un livre à conseiller, un livre de talent, inclassable... Une critique mordante de la société et de l'humain, l'auteur se rapproche-t-il de son Ignatius ? On peut se poser la question car l'auteur se suicida, en partie car il ne put publier son manuscrit...

478 pages, Edition Robert Laffont

jeudi 3 janvier 2013

La vérité sur l'affaire Henry Québert, de Joël Dicker

[Une nouvelle rédactrice (collaboratrice), Emilie]

"Je ne sais pas si je dois te le passer, celui-là." m'avait dit ma mère, en me tendant "La vérité sur l'affaire Henry Québert". Elle m'attendait de pied ferme pour l'aider à quelque tâche... En effet, dévoré très rapidement, à tel point que je n'ai pas réussi - le contexte déserté d'un 27 décembre aidant au bureau - à le lâcher avant de l'avoir achevé pendant - scandale - le temps que j'aurais dû consacrer à travailler.

Bien sûr, j'aime ce genre de roman, ce qui facilite l'adhésion. Celui-là est néanmoins vraiment passionnant. Il se lit très facilement, il y a du suspense, des rebondissements, des idées. Et cerise sur le gâteau : le dénouement n'est pas tiré par les cheveux. Il arrive certains livres, très épais, qui tiennent en haleine jusqu'aux dernières pages mais dont on est malheureusement déçu par la fin, autrement dit essentiellement la résolution. 

Plongé dans "La vérité sur l'affaire Henry Québert", on ne s'ennuie pas une seconde, on ne s'y perd pas - le procédé narratif varié aidant, on lit d'une seule traite. 

Après coup, j'ai lu qu'il s'agissait du Prix Goncourt des lycéens 2012 et Grand Prix du Roman de l'Académie française 2012. Excellente pioche ! 

Emilie

jeudi 27 décembre 2012

Autre-Monde, tome 1 à 5, de Maxime Chattam

Une série de Maxime Chattam, plutôt pour un public de 10 à 15 ans, mais très agréable pour un adulte ayant gardé une âme d'enfant.

Je vais uniquement décrire cet univers sans m'attacher à résumer les livres en eux-mêmes, pour ne pas révéler les différentes intrigues. Les tomes 1 à 3 forment une trilogie, qui se clôt à la fin du tome 3, ensuite une nouvelle histoire débute (la suite de la première) avec le tome 4. A l'heure actuelle, la série est inachevée, Maxime Chattam se consacrant à l'écriture d'autres romans.

Une gigantesque tempête s'abat sur le monde lors d'un 25 décembre, détruisant le monde tel que nous le connaissons. Peu de gens vont survivre, mais deux groupes se détachent : les enfants et certains adultes. Les enfants n'ont pas changé, certes, peu ont survécu, mais tout ne s'est pas bien passé pour les adultes. La tempête a révélé ce qu'il y a de pire chez ces derniers. Les deux groupes vont lutter les uns contre les autres, des entités maléfiques voulant détruire les meneurs des enfants, "l'alliance des trois". Les enfants arriveront-ils à survivre dans ce monde si transformée, où la nature a repris ses droits et a détruit l'humanité ?

Le concept de fin du monde est renouvelé à travers le cycle l'Autre-Monde, l'opposition entre les adultes et les enfants ont bien construite, creusée par l'auteur pour en tirer une belle aventure. Les trois premiers tomes s'enchainent et attirent le lecteur pour dévorer les livres. Pas de superflu ni de digression, la trame de l'histoire enferre le lecteur dans le seul but de le retenir le plus longtemps possible, de l'attirer jusqu'à la délivrance...

Une bonne série, j'adore Maxime Chattam dans son style "morbide", je retrouve ici sa plume si caractéristique, si entrainante qui permet à une simple histoire d'ados de dépasser ce cadre pour toucher les adultes et de leur permettre de réfléchir à l'impact de la société sur la Terre, tant du point de vue écologique que sociétale.

A lire, pour les amateurs de "science-fiction catastrophe". A conseiller aux pré-ados et ados.


 

Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari

Le prix Goncourt 2012.

Deux histoires qui s'entrecroisent, celle du grand-père et celle du petit-fils. Corse, le grand-père traverse l'histoire du XXième siècle, de sa résistance miraculeuse à la maladie, son travail de diplomate dans les colonies africaines... Il refuse sa paternité et renverra son fils dans sa famille. Le petit-fils, élevé à Paris mais se sentant avant tout corse à travers les vacances de son enfance, decide d'abandonner ses études de philosophie afin de reprendre le bar du village avec son cousin. S'ensuivra l'apogée puis la chute à travers des personnages si différents : les serveuses, la famille...

L'idée originale est intéressante, ainsi que l'attachement à la culture de son enfance, mais tout ceci est effacé en deux pages par le style de l'auteur. Eprouvant, c'est le terme que j'emploierais, l'auteur n'utilise pas le point, ce qui donne des phrases de deux pages, qui a partir d'un mot, rebondisse sur une idée, qui en engendre une autre... Bref, ça ne s'arrête jamais, quand on commence une phrase, on ne sait pas quand elle va finir et si elle va faire avancer l'intrigue. C'est assez rare pour que je le dise, mais c'est vraiment pas ma tasse de thé.

Dommage que le personnage du petit-fils ne soit pas aussi creusé que celui du grand-père. Sont-ils lâches tous les deux : oui, chacun à leurs façons, l'abandon de son fils pour le premier, le refus de choisir sa vie pour le second... Mais on ne comprend pas pourquoi le petit-fils possède un caractère de pleutre, je ne sais pas, on dirait qu'il manque quelque chose, à moins que je ne me sois perdu dans un paragraphe !

A ne pas lire, à moins de vouloir paraître intelligent en société et en louant ce style si particulier...

208 pages, Actes Sud Editions

vendredi 7 décembre 2012

555 jeudi rouge, de Jérôme Cazes

Un livre sur la finance, prônant la régulation des banques et la remise en cause de la banque universelle à la française.

Eric Pothier, directeur de la Serfi, la banque de détail de la Banéfi, craint le pire : une nouvelle crise va frapper les banques d'investissement. En effet, certains prêts municipaux aux Etats Unis sont en défaut, les villes ne peuvent plus rembourser les sommes dues. Or, via certaines banques française, le plus gros fonds chinois en a acheté et, devant les pertes enregistrées, en demande l'annulation. Eric a toujours défendu un plus forte régulation et a construit la Serfi sur des bases solides mais rapportant au final beaucoup moins que la Banefi. Lenoir, président de la Banéfi, va l'encourager dans ce sens en l'introduisant dans le cercle fermé de l'Elysée. Mais celui-ci joue double jeu et le fait licencier car il prépare une méga-opération de rachat de la banque qui a réalisé les opérations avec les chinois. Eric va tout tenter pour faire connaître son cheval de bataille, pendant que les marchés jouent au yoyo, mais c'est sa femme aidée d'une consultante et d'un journaliste chinoise, qui va reprendre le flambeau et utiliser les réseaux sociaux pour lutter contre les banques d'investissement.

Jérôme Cazes décrit le milieu financier qu'il connaît bien, ainsi que les arcanes du pouvoir politique. Entre réseau d'énarques et dirigeants des grandes banques, tout est verrouillé pour faire ses opérations sans interventionniste. La commission bancaire passe alors pour la chambre d'enregistrement. Jérôme Cazes tente de montrer dans ce roman qu'une coalition de personnes via internet, en particulier Facebook et Twitter peut imposer des retournements improbables.

Le livre est une belle fiction, l'auteur prône une régulation qui pourrait être saine pour les banques. Il démonte aussi les réseaux d'influences entre grands patrons, ayant souvent fréquentés les mêmes écoles, les mêmes clubs... Dommage que la trame de l'histoire passe aussi par un attentat contre la famille d'Eric Pothier, qui gâche un peu le scénario.

Bref, un bon livre, simple, sans prétention qui pose les bonnes questions sur la finance des dernières années.

L'auteur, bien que vendant son livre sur amazon, le propose aussi via son site web en format numérique : http://www.555jeudirouge.fr/

mardi 4 décembre 2012

Seras-tu là, de Guillaume Musso

Un Guillaume Musso, et un.

Elliott, grand chirurgien habitant San Francisco et père d'une ravissante Angie, prend chaque année des vacances pour faire de la chirurgie humanitaire. En thaïlande, il sauve la vie d'un jeune garçon atteint de bec de lièvre. Pour le remercier, un vieil homme lui donne la possibilité de changer son passé avec dix petites pilules. Malgré l'amour qu'il porte à sa fille, âgé de vingt ans, il regrette la mort de son premier et seul amour, Ilena. Sans trop y croire, il avale la pilule et se retrouve trente ans en arrière... Il décide de tout faire pour la sauver.

J'ai toujours un mauvais a priori avant de commencer un Guillaume Musso, je trouve ses succès trop commerciaux, des livres écrits à la va-vite. Donc comme je n'attends rien, c'est toujours avec plaisir que je savoure ce savant dosage de sentiments, intrigues qui se développent dans chacun de ses livres et nous entrainent dans un monde où tout est possible. Celui-ci n'échappe pas à la règle, comme d'habitude devrais-je reconnaitre. 

Peut-on changer le passé, et si oui, que changerait-on dans notre passé. S'inspirant des livres de Barjavel, Guillaume Musso fait renaître le mythe en utilisant les ressorts des sentiments pour donner un livre passionnant.  Cela donne un livre dynamique qui mêle les différents personnages en alternant les périodes temporelles. Elliott, 60 ans, va rencontrer son double âgé de 30 ans pour le convaincre de suivre sa vision des choses. Mais changer le passé influe le futur, donc gare aux modifications intempestives. Malgré des incohérences de scenario, que je vous laisse découvrir, une écriture facile (suffisante ?), la force du livre réside dans l'inventivité de Guillaume Musso, qui a défaut de ne jamais recevoir un prix pour ses livres, connaît un grand succès populaire (au sens noble du terme) et pour ça, remercions le ! Quel imagination...

Réfléchissez bien, si on vous donnait la possibilité de changer quelque chose de votre passé, que changeriez-vous ?

Edition Pocket, 210 pages (c'est court, ça se lit vite, foncez)